Tue 14 May 2019
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Aujourd’hui, onze ans, jour pour jour… que ça s’est passé, j’avais vingt-trois ans… J’ai décidé d’en parler. Je me suis tue pendant toutes ces années, sans même une fois me confier !

J’ai vécu une histoire sordide, effrayante… Je m’en rappellerai toute ma vie, ça c’est sûr !

Comme tous les vendredis, en fin d’après-midi, je partais de chez moi pour faire mon jogging, écouteurs aux oreilles. Il était environ dix-sept heures, je courais dans la forêt. Quelques minutes plus tard, je me rendis compte que je m’étais perdue. Sûrement trop absorbée par la musique, j’avais dû me tromper de chemin. Il commençait à faire nuit. Il était environ dix-huit heures, à vrai dire, je ne sais plus vraiment. J’aperçus une maison au loin, isolée de tout, je m’approchais parce qu'il y avait de la lumière. Je frappais à la porte et un homme m’ouvrit. Il était grand, un peu chauve. Il avait une barbe de quatre jours et des yeux qui louchaient. Il me fit signe de rentrer. J’hésitais un instant, mais à vrai dire, je n’avais pas vraiment le choix. La maison était remplie d’animaux empaillés aux murs, tout bien rangé, bien ordonné, il était maniaque c'était certain. Il y avait aussi un vieux parquet grinçant et, par terre, au milieu du salon, une grande trappe bizarre qui menait sûrement au sous-sol. Je lui demandais si il pouvait m’indiquer le chemin pour que je puisse rentrer et il me dit qu’il était trop tard et que je devais passer la nuit dans la chambre d’ami. Je voulais partir, mais il insista. Je ne pouvais pas refuser…

Il était assis à table et il me proposa une soupe d'aspect étrange. Il m’obligea à m’installer avec lui et me servit un verre d’eau. Après c'est le noir total, je me réveillais brusquement complètement attachée dans un endroit glauque. Tout autour de moi, il y avait des bocaux remplis de globes oculaires posés sur des étagères. J’étais en pleine psychose, je ne comprenais rien, j’étais perdue. A côté de moi, des outils étaient posés sur une table : marteau, ciseaux, tournevis… J’avais très peur…Puis il est apparu avec une blouse blanche et un masque. Il s’approcha de moi armé d’un scalpel, mit sa main sauvagement sur ma bouche et avec l’autre main, immobilisa mon visage.

Quand je revins à moi, j'étais seule. La maison semblait vide. J'ai rassemblé toutes mes forces pour me libérer des liens qui m'avaient retenue attachée et je me suis sauvée.

Texte de Tuba & Noémie dans le cadre des Folies Littéraires 2019